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Dimanche Mai 20


Conditions de la Fatwa et de l’interprétation

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Source : Doctrine-Malikite | La Fatwa consiste en avis, fondé sur une interprétation (ou une compréhension) du texte traditionnel (Coran, Hadith, Tradition du prophète et de ses illustres compagnons), permettant de statuer sur un sujet donné ou émettre un ordre légal précis. C'est le domaine exclusif des savants compétents. Il peut s’agir aussi d’un effort juridique (Ijtihâd) du savant si le texte traditionnel est absent.

Les compagnons ont interprété la parole du Prophète (paix et salut sur lui) parce qu'ils ont vécu avec lui et ont écouté directement des enseignements. Ils n'hésitaient pas à revenir à lui exposer leur interprétation et leur compréhension de ses propos.
 
La discipline de la Fatwa et de l’interprétation du texte sacré a ses convenances et ses conditions. Elle obéit à des règles strictes. On cite parmi ces règles :

La science du Coran et du Hadith…

La connaissance du Coran et de ses sciences : son exégèses selon les illustres maîtres comme Ibn‘Abbâs et Ibn Mas‘ûd ; Les circonstances, causes et le contexte de la révélation de chaque enseignement ; le statut de chaque verset.

La connaissance du Hadîth et ses sciences: degré d’authenticité de chaque hadîth ; sa portée ; son statut ; son interprétation.

La science de l'abrogation

La connaissance de l’abrogé et de l’abrogeant que cela concerne le Coran ou le Hadîth : certains versets figurent dans le Coran parce que la chronologie de la révélation l’a voulu et parce que la pédagogie évolutive de la sagesse coranique l’a exigé, mais ils ne sont plus applicable et ne comptent plus en matière de jurisprudence. A l’inverse, certains versets étaient révélés au Prophète (paix et salut sur lui) et les compagnons les avaient appris, ensuite, Dieu révéla qu’ils soient abrogés du Coran mais qu’ils restent applicables en matière de jurisprudence.

Par exemple, pour le Coran, on peut lire :

« Ils t’interrogent au sujet du vin et des jeux de hasard, dis qu'il y a en eux un grand péché et des profits pour les gens mais que leur péché est plus grand que leur profit»1.

Après la révélation de ce verset : une partie des musulmans a cessé de consommer le vin et une partie a réduit sa consommation. Ensuite, et dans la continuité de cette approche pédagogique progressive, Dieu fait de la prière un temps sacré nécessitant la présence d'esprit :

« O vous qui avez cru ! N’approchez pas la prière alors que vous êtes ivres jusqu’à ce que vous sachiez ce que vous dites»2.

Enfin, après avoir pris conscience que la consommation d'alcool présentait plus d'inconvénient que d'avantages, en premier lieu, et après s'être habituer à s'en passer le temps nécessaire pour pouvoir prier sans être sous l'effet de l'alcool, en deuxième lieu, les fidèles étaient près pour finir avec ce fléau. Ainsi, le verset de la Sourate Al- Mâida a été ferme et claire pour interdire définitivement la consommation du vin et les jeux du hasard et pour abroger le premier verset cité :

« O vous qui avez cru ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu'une abomination, œuvre du Diable. écartez-vous en, afin que vous réussissiez. Le diable cherche à créer la discorde et la haine entre vous à travers le vin et les jeux de hasard et à vous détourner de l’invocation d'Allah et de la prière. Allez – vous donc y mettre fin ? »3

Pour la parole du Prophète (paix et salut sur lui) (Hadîth), On cite l’exemple suivant:

« Je vous avais interdit de visiter les tombes, maintenant visitez les »4.

Ce hadith explicite indique que dans les débuts de l'Islam, le messager avait prohibé la visite des cimetières afin que cessent les traditions antérieurs contraires au pure monothéisme. Une fois les enseignements de l'Islam bien compris et observés, les compagnons ne risquaient plus d’adorer les morts ou les pierres, et pouvaient donc visiter les cimetières pour prier pour leurs défunts et se rappeler la mort et la vie future.

L'acception

C'est une science qui consiste à savoir distinguer entre deux types de versets : ceux dont sens est apparent, claire et n'a besoin d'aucune interprétation, d'une part, et ceux qui ne doivent pas être pris au premier degré. Par exemple :

« la main de Dieu est au dessus de leur main »5

ne peut pas être compris dans le sens physique d'une troisième main qui viendrait se poser sur les mains d'hommes qui matérialisent leur engagement en se serrant mutuellement la main. Il peut s'interpréter par la bénédiction de cette alliance par Dieu.

L'envergure

Connaître la portée de chaque texte sacré ( portée générale, ou plutôt spécifique à une situation ou à une personne ou à une catégorie de personnes). Ainsi, par exemple, la prière de la peur du danger, décrite dans le Coran (Sourate An-nisâa, verset 102) et dans les Hadîths, est spécifique à une situation particulière. De même, les versets à propos des polythéistes ne peuvent pas s'appliquer aux croyants. Et ainsi de suite.

Le consensus

Connaître les sujets à propos desquels les savants de la communauté ont établi un consensus. En effet, la oumma ne sera jamais unanime sur un avis erroné.

Les règles de la jurisprudence

Connaître les outils de la jurisprudence(droit) islamique comme l’analogie, les intérêts collectifs, les dérogations.

Connaître la jurisprudence dans les situations exceptionnelles (famine, contrainte, guerre)… : à titre d’exemple citons ce qu’a fait le deuxième Calife, ‘Umar, qui a annulé la sanction contre le vol au moment de la famine qui a touché l’Arabie à son époque (car les gens volaient pour manger et survivre !).

La morale

La piété, le scrupule, la crainte de Dieu et la sagesse sont de même des qualités requises : la Fatwa est en effet une très lourde responsabilité : les facteurs de piété et de clairvoyance sont nécessaires dans certaines affaires.

Connaître l’environnement (c'est-à-dire le contexte social et politique..) et l’impact des avis juridiques (sur l’intérêt et l’avenir de la communauté : particulièrement dans les pays non musulmans). Ainsi, un Muftî ne peut pas se prononcer sur un produit financier sans consulter un spécialiste en finance pour connaître de façon précise son contenu. Il en est de même pour un produit alimentaire nouveau ou un produit pharmaceutique. C'est ce qui a justifié le recours à des Conseils de fatwas composés en plus des savants en droit musulman, de spécialistes en divers domaines.

La facilitation

Si pour une affaire donnée, le Muftî est confronté à plusieurs avis juridiques possibles, il optera pour l'avis à la fois recevable et en même temps qui facilite la vie des gens...
Le Prophète (paix et salut sur lui) dit : «Cherchez la facilité (facilitez) et évitez la difficulté (les choses dures et compliquées) (ne rendez pas les choses difficiles) ; et soyez des annonciateurs de la bonne nouvelle et ne rebutez pas les gens (ne les dégoûtez pas et ne les faites pas fuir)»
Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.

La prudence

Au regard de ce qu'on a dit, il paraît évident qu'il ne suffit pas de connaître le Coran par cœur et de maîtriser la langue arabe ou d’avoir fait quelques lectures de livres de la religion pour se permettre de donner des avis juridiques (fatwa)…Même le grand savant l’Imâm Mâlik de Médine : répondait fréquemment quand on lui posait des questions : « je ne sais pas ! » par crainte de Dieu et par pudeur.

Les risques

S’adonner à la Fatwa sans avoir les compétences requises, porte préjudice à la foi et c’est même une source d’égarement. Cette attitude irresponsable souille l’image de l’Islam et des musulmans dans le monde. Allah dit dans le Coran à ce propos :

«Ne dites pas au sujet de ce que vos langues décrivent en pur mensonge, ''ceci est licite et ceci est illicite'', en les attribuant à Dieu mensongèrement. Ceux qui fabriquent le mensonge sur le compte de Dieu ne récoltent pas le succès. Jouissance insignifiante et ils ont un supplice douloureux»6.

Le prophète (paix et salut sur lui) a dit :

« la personne qui se presse à donner les fatwas se presse vers l'Enfer »7.

On signale l'exemple de compagnons qui refusaient de répondre aux questions et préféraient renvoyer le requérant à d'autres, par humilité et pour se décharger de la lourde responsabilité morale qu'impliquait l'exercice d'une telle fonction. Une personne qui répond à toute question qui lui est posée est qualifiée de "fou". Des grands légistes, tel l’Imâm Mâlik, ne se gênaient pas à répondre aux questions par: "Je ne sais pas", "Je l'ignore". Abû-Hanîfah aurait dit: «Si je ne craignais la perte de la science, je me serais abstenu de répondre aux questions».

 
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