Fraternité et spiritualité (1/2)
La fraternité est un concept multiple, inséparable de toute vie en société. C’est d’abord un sentiment d’appartenance à une famille, à une religion, à une communauté, à une nation. C’est ensuite, le fait de partager les mêmes père et mère, une même foi, un même destin et les mêmes valeurs. C’est enfin, une volonté de partage, de solidarité, de soutien et de compassion.
Si cette notion est universelle, son expression et sa portée l’est aussi. Cependant la fraternité possède dans chaque famille, chaque religion, chaque communauté et chaque nation des fondements, des finalités et des moyens d’expression inhérente à l’existence et à l’histoire de cette dernière. Il en est ainsi pour la fraternité dans l’Islam où les notions de famille, de religion, de communauté, et de nation peuvent se confondre ou se recouper.
Ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est de chercher le lien entre fraternité et spiritualité dans l’Islam, indépendamment de son cercle d’expression. Ainsi nous chercherons les fondements spirituels de la fraternité, ses finalités et les moyens de son expression.
A. Les fondements
Le verset 13 sa sourate Alhoujourate commence par ceci : « Ô gens ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme et Nous avons fait de vous peuples et tribus… ». Cet extrait de verset coranique est porteur de trois informations.
La première information est que Dieu s’adresse à tous les humains, aux musulmans comme aux non-musulmans, à tout le monde. Si le Coran est le livre de Dieu contenant le message et les enseignements de l’Islam, il s’adresse également aux non-musulmans, de façon générale, chaque fois qu’une information ne concerne pas que les musulmans, que le message est universel et qu’il transcende les croyances et les religions pour toucher l’homme en tant que tel.
La deuxième information est que tout homme est issu d’un homme et d’une femme par la volonté créatrice divine. En ce sens il y a à la fois une profonde fraternité et une parfaite égalité.
On s’aperçoit de cette fraternité car, en remontant la généalogie de l’humanité, on retombe tous sur le même homme, Adam, et la même femme, Êve. En faisant abstraction sur les intermédiaires, chaque homme peut se considérer le frère de tous et chaque femme peut se considérer sœur de tous. Cette profonde fraternité transcende toutes les autres sortes de fraternité qui viennent la renforcer sans jamais la contredire.
On admet ce principe d’égalité du fait de la fraternité qui est incompatible avec toute inégalité, toute discrimination et toute injustice. Il s’agit d’abord d’une égalité en dignité : un homme égale un homme. Il s’agit en suite d’une égalité en traitement : même travail, même salaire. Il s’agit, enfin, et plus généralement d’une égalité en droits et en devoirs. Cependant, il ne faut pas confondre égalité et égalitarisme. La première se forge en tenant compte de la situation et du statut de chacune et de chacun, d’une part, et use du principe de compensation et de globalisation, d’autre part. Le second cherche l’égalité en ignorant les réalités humaines et en oubliant le principe de compensation et de globalisation.
La troisième information est que la répartition des humains en peuples et tribus est une volonté divine. Naturellement, chaque peuple et chaque tribu a sa culture, ses us et ses coutumes, sa langue, ses traditions et sa religion. Cependant, ces éléments qui constituent l’identité du peuple ou de la tribu ne doivent nullement mettre en cause ni le principe de fraternité humaine ni celui d’égalité entre les hommes.
B. Les finalités de la fraternité
« Ô gens ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme, et Nous avons fait de vous peuples et tribus, pour que vous vous entre connaissiez. Les plus honorables d’entre vous auprès de Dieu, sont certes ceux qui font preuve de piété. »
Après les fondements de la fraternité humaine, Dieu nous éclaire sur la finalité de la diversité des peuples et tribus. Il s’agit de créer chez les uns comme chez les autres des raisons pour que l’on cherche à connaître, à savoir, à comprendre et à méditer. Les différences de langue, de culture, de religion, de traditions n’ont pas comme raison d’être que les uns se considèrent supérieurs que les autres. C’est au contraire, un certain désire de connaissance mutuelle qui doit conduire chaque peuple, chaque tribu, à chercher ce qui peut être enrichissant dans ce qu’il y a de différent chez le peuple voisin comme chez le peuple lointain.
Une fois la finalité soulignée, Dieu revient sur ce sentiment de fierté que la différence peut générer chez certains, pour indiquer à tous sa véritable source et raison légitime : « Les plus honorables d’entre vous auprès de Dieu, sont certes ceux qui font preuve de piété ». Mais comme l’apparence de bonté peut être utilisée par certains malicieux pour tromper les gens, Dieu souligne Son Omniscience et son expertise au sujet des réalités des gens : « Allah est Omniscient, Expert ». C’est donc un appel à la sincérité, à la bonté, à la tolérance et à l’ouverture.
C. L’expression de la fraternité
Le respect mutuel, la solidarité, l’équité, sont parmi les nombreux moyens de d’expression de la fraternité. La solidarité humaine et l’équité dans les échanges sont parmi les valeurs les plus louables tant elles contribuent au bonheur de l’humanité. Nul ne conteste leur statut d’idéaux planétaires et chacun conçoit la difficulté de les réaliser en permanence dans un monde de rude concurrence surtout dans des périodes de crises économiques. Il n’en reste pas moins que leur réalisation est un indicateur de l’élévation de l’humanité vers les plus hauts rangs de noblesse et d’accomplissement.
Le respect mutuel concerne en premier lieu le respect des valeurs et de la dignité de l’autre sans conditions. Ce respect est à la fois un droit et un devoir. On sait bien que chaque groupe de personnes, chaque communauté a des valeurs, des principes et des croyances qui font sa fierté et forgent sa dignité. Indépendamment de ce qu’en pensent les autres groupes et communautés, ils lui doivent respect.
L’Islam est apparu dans une société polythéiste et animiste pour l’appeler, et l’humanité avec elle au monothéisme pur. Adorer des statuts, qui n’ont de valeur que celle que l’homme leur accorde et qui ne peuvent rien pour lui, est, pour l’Islam, d’une flagrante absurdité tant cela contredit la raison et le bon sens. Malgré cela Dieu a mis en garde, dans le verset 108 de sourate Al-an’âmes, contre le dénigrement de ces statuts dans ces termes : « N’injuriez pas ce qu’ils (les polythéistes) adorent d’autre qu’Allah, cela les pousserait à blasphémer Allah, injustement, sans s’en rendre compte ». Ainsi, porter atteinte à la dignité de l’autre lui donnerait le droit de faire de même à l’encontre du transgresseur. Le principe d’égalité dans la dignité est donc indéniable. Le fait de croire être du côté de la vérité, de la raison, et du bon sens, n’y change rien.
Cela ne contredit nullement le recours à un dialogue fondé sur l’argumentation et ancré dans le respect et la considération. Lorsque Dieu chargea Moïse et son frère Aron d’appeler le Pharaon à renoncer à ses croyances pour renouer avec le monothéisme, Il leur a recommandé, tenant compte du statut du personnage : « Tenez-lui un discours courtois, peut-être prendra-t-il conscience (de la vérité) ou appréhender (les conséquences de son égarement) », verset 44 de sourate Taha. Si le discours n’était pas courtois, il n’aurait eu aucune chance d’atteindre l’oreille du Pharaon. Le fait de l’avoir été aura permis un échange d’arguments et une confrontation de preuves. Cela détermine le rôle du messager qui s’arrête là.
La même consigne de bienveillance a été donnée au Messager d’Allah Mohammad (Paix et Salut sur lui). Le verset 125 de sourate Annahl stipule clairement : « discute avec eux en usant de la plus excellente manière ». En effet, une fin noble ne peut être justifiée pas un moyen médiocre. En outre, être irréprochable sur la forme aide l’interlocuteur à se diriger vers le font du message, des propos, et des arguments. En même temps, cet enseignement marque une obligation de respect et de considération envers l’autre.
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